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Aujourd’hui trois personnes m'ont demandé une faveur ; deux l’ont fait correctement, comme vous le feriez, ennuyé d'avoir besoin d'aide mais confiant dans la nature humaine. Mais un ou une, s’y est pris comme un manche. Quand je dis une faveur, je parle d’un service, un passe-droit. Un service demandé par quelqu’un pour quelqu’un d’autre. Un de ces services qu’on sollicite entre deux portes, un piston mais un piston mal formulé, mal emballé. Obtenir, chercher la faveur de, on l’a tous fait, mais le plus souvent on a tenté, un caillou dans la chaussure, d’y mettre les formes.

Et souvent ça marche. Sauf qu’il y a l’art, la manière et la psychologie, surtout la psychologie. Un bon quémandeur sait que ça ne se fait pas ; ou plus exactement un quémandeur doit savoir que solliciter c’est d’abord offrir à quelqu’un la possibilité de vous faire plaisir et d’y trouver son compte. La gêne qu’il ressent de vous demander le service doit être sincère pour qu’à votre tour vous ayez le bonheur de le mettre à l’aise et de promettre de faire votre possible.

Trop souvent, le quémandeur médiocre oublie cette dimension. Il quémande et s’imagine que le retour sera naturel. Il pense qu’au nom d’une connivence dont il a rêvé, d’un lien qu’il pense réel vous allez vous sentir son obligé de... Ce quémandeur-là vise mal, il n’a pas compris les enjeux, les vôtres. Ce sont des enjeux intimes. Mais le malotru, hélas, pratique la politique de la terre brûlée, imagine que vous êtes en compte chez lui. Il s’égare. Il est sans-gêne.

Pourtant quel plaisir de rendre service, de se rendre utile tout en rendant service. Mais non, il faut croiser dans Paris de ces gens dont vous soupçonnez le casier profiteur. Un casier chargé, lourd de pratiques siciliennes. Ceux-là vous les sentez arriver, ils name-dropent, pratiquent la connivence et pensent être des maestros de l’entregent. Le plus souvent ils se plantent. Le pire est qu’ils en deviennent vexants de négligence et de cette désinvolture que vous ressentez quand une voiture roule dans une flaque d’eau boueuse et vous repeint les chaussures.

Ce sont des personnages balzaciens sans le pittoresque ni le loisir littéraire. Ils ignorent les moteurs de la vie, les ressorts du désir et les mécanismes qui donnent vraiment envie de faire plaisir. Et il faut leur dire non.

Même si ça vous arrache le cœur…