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Je découvre avec horreur ce matin cette phrase de Madame Parisot dans Les Echos « Il est temps de détabouïser le mot flexibilité ». Je découvre, surpris, défait, quelques minutes plus tard que le verbe « tabouiser » existe dans le Larousse, (en ligne en tout cas). C’est l’action de rendre tabou. Détabouïser (et il y a débat sur le tréma) consisterait donc à sortir une action, une notion, une interdition du tabou qui la sanctuarise et la sacralise.

Le mot est ridicule si on le conjugue ne serait-ce qu’au présent. Je tabouise, tu tabouises, vous détabouïsez… Je répète, on n’est pas sûr du tréma.

Derrière la détabouïsation que Madame Parisot appelle de ses voeux, il y a la politique, l’idéologie et leurs relations passionnelles avec le pragmatisme. Car tabouiser, dans le langage parisesque c’est évidemment rendre idéologique tandis que détabouiser c’est à l’inverse sortir de l’idéologie. La tabouisation et la détabouisation sont donc des opérations hautement délicates puisqu’elles visent à faire entrer ou sortir du champ politique des notions économiques pour les réaliser comme d'autres seraient tenter de les déréaliser.

Dans le Figaro du jour, un groupe de responsables politiques de droite se livre au même exercice en expliquant sans sourciller que "l'économie ne relève pas de l'idéologie". Cette affirmation originale et contestable consiste à faire de l'adversaire un gardien des tabous en se réservant le monopole du concret et du réel.

De sont côté, Madame Parisot veut détabouïser la flexibilité autrement dit, elle enjoint ceux qui croient en la sécurisation totale du contrat de travail d’abandonner...cette croyance, ce dogme, cette sourate du Coran ouvrier si j'ose dire. En s'adressant ainsi à eux, elle ne les considère pas comme des partenaires de négociation mais comme des moines, des religieux, des prêtres dépositaires de vieilles superstitions. Elle leur dit donc implicitement "vous appartenez à une société traditionnelle dépassée". C’est bien de cela qu’il s’agit dans le combat politique et économique actuelle : s'arroger le réalisme de la modernité.

Pourtant cette façon de percevoir le rapport de forces et les oppositions en présence est hautement discutable, il pourrait même être déplacé, contreproductif et ridicule. Car ce  qui est considéré comme un tabou à faire sauter par le MEDEF est au contraire une sécurité juridique et salariale bien réelle à conserver pour une partie des partenaires sociaux et de la gauche. En utilisant la notion de tabou, Laurence Parisot préempte d’emblée l’espace du réel pour ne laisser aux autres partenaires syndicaux que celui du religieux et de la croyance, les renvoyant à leurs vieilles lunes.

Je ne suis pas certain que ce soit une bonne façon de respecter l'interlocuteur syndical et d’aborder concrètement et réellement une négociation.