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Le problème de la critique d’art quand elle est vulgarisée à l'excès c’est qu’elle peut nous apprendre des choses ou nous déprimer (j'avais écrit emmerder au départ). Il y a depuis trois jours une petite musique qui s’installe autour de l'oeuvre d’Hopper. Typiquement française, typiquement grise. Cette petite musique explique qu’il a peint mieux que personne la solitude, l’incommunicabilité des êtres, la mélancolie, l’envers du décor américain. C’est d'ailleurs dans la même veine qu’on a parlé de la série MadMen - j’adore Madmen mais il y a une hiérarchie du beau. Il y a là un vrai déni. Quand on regarde, quand JE regarde une toile d’Hopper je suis bien. Je suis seul, mélancolique peut-être, mais je suis bien, je suis en moi-même, dans l'intériorité et je suis dans cette société américaine et j’ai envie d’aller aux Etats-Unis, de faire le plein d’Amérique, de visiter, de laisser aller mon regard à perte de vue, y compris sur les énormes seins des femmes qu’il a peintes et qui ne sont pas des seins de crise, souvent ceux de sa femme d'ailleurs. Au contraire, je n’ai absolument pas envie de pleurer sur la modernité américaine ou de me plaindre de la solitude ou de l’incommunicabilité des êtres. Encore moins à l'aune du pessimisme français. Alors, comme je n’en peux plus de la solitude et de l’incommunicabilité d’Hopper telle qu’elle est en ce moment servie sur un plateau et en continue, par acquis de conscience, j’ai ouvert le catalogue de l’exposition histoire de voir si j’allais crétinement contre le sens du vent qui souffle dans les blés et les prairies de Hopper. Et voilà ce que je lis page 280. Le catalogue de l’expo : « …il était facile d’ériger sa solitude et son isolement en mythe – comme beaucoup l’ont fait – et c’était une thèse défendable. Cela aurait pu et a pu refléter une certaine vérité, mais pour de mauvaises raisons. Il (Hopper) pensait que la façon qu’avaient les critiques de souligner l’isolement de ses personnages faisait subir une déformation aux faits qu’il représentait en réalité ». Quant à Hopper voilà ce qu’il dit « Cette histoire de solitude est surfaite. Cela met des mots sur quelque chose que l’on n’a pas voulu formuler ». Voilà, vulgarisateurs d'art en période de dépression, laissez nous respirer. Il y a de la couleur, il y a de la paix, il y a même un bonheur chez Hopper. On peut être un immense artiste sans servir de caution culturelle à un pays en récession. Laissez nous respirer Hopper. S'il vous plait.