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François d'Orcival "Nous n'avons pas le même public que Technikart"

Journaliste historique de Valeurs Actuelles, il est le plus ancien de la rédaction, d'Orcival est à droite voire très à droite et on le lui reproche fort. Comment fait-il ? François d'Orcival qui écoute France Inter à ses heures, ne dirait pas non si on lui proposait de diriger Rue89 mais n'y peut rien comme il le constate si "la France ne cesse de se droitiser, même quand elle vote à gauche". Entretien avec un agent conservateur.

Valeurs Actuelles vient de changer de formule. Encore plus rebelle, encore plus dynamique, comment vous situez-vous par rapport à Technikart ?

Nous sommes sur une autre planète. Un journal, c’est un public. Nous n’avons pas le même public que Technikart, c’est aussi simple que cela. Ni les mêmes curiosités, ni les mêmes goûts ni les mêmes couleurs. Nous, c’est la ligne claire.

La gauche reproche à vos lecteurs d'être vieux, de voter à droite, de lutter à mort contre les 66,66 % et de planter des aiguilles dans une poupée à l'effigie du juge Gentil. Pouvez-vous nuancer ce jugement ?

Les lecteurs de gauche sont aussi jeunes ou aussi vieux que ceux de droite. Voir Le Nouvel Obs. Nos lecteurs votent à droite parce qu’ils y croient et ils nous lisent parce qu’on les rassure : ils ne sont ni seuls ni condamnés à disparaître. Au contraire, la France ne cesse de se droitiser, même quand elle vote à gauche pour se donner ensuite le plaisir de taper encore plus fort contre elle dans l’idée de s’en débarrasser. La droite ne lutte pas par principe contre une taxe, elle considère seulement que la richesse est un bien, une récompense, et non pas un mal. Elle plantera toujours des aiguilles et des banderilles sur les vengeurs, les jaloux, les justiciers – au nom des mousquetaires et des cadets de Gascogne.

Vos ventes ont progressé de 26 % peut-on lire dans le dernier numéro, comment l'expliquez-vous ?

Longtemps, Valeurs actuelles a été un hebdomadaire discret, quasiment réservé à ses abonnés et qui sortait peu du bois – en allant dans les kiosques. En moins de quatre ans, grâce à la libération de la parole sous le quinquennat de Sarkozy qui, lui-même, a brisé pas mal de tabous, nos ventes au numéro ont bondi, et encore plus depuis l’arrivée du président flou. Ce n’est plus nous qui crions dans le désert, c’est le désert qui s’est mis à crier.

Dans le dernier VA un papier sur les syndicats voyous. Pour un syndicaliste voyou (violent en fait) combien de patrons voyou ?

Jusqu’à présent, on n’avait droit qu’aux « patrons voyous », c’était le langage autorisé. Ils l’étaient par leur nature de patron. Quand les syndicalistes violents et condamnés ont été l’objet d’une loi d’amnistie, nous avons osé le titre de « syndicats voyous ». C’est une première. Au ping pong social, on renvoie la balle.

Beaucoup de journalistes de droite se cachent encore et n'osent avouer â leurs collègues voire à leur famille leurs convictions. Pensez-vous que la profession peut changer de regard sur ce qu'elle considère encore comme une déviance ?

Il y a un peu plus de trente ans, cette profession était largement de droite. Plus encore en 1968 – les rebelles étaient minoritaires. Et sous le Général, seuls des polémistes de droite étaient poursuivis pour outrage au chef de l’Etat. Depuis, le conformisme est devenu de gauche. Logique dans un métier où il est plus facile d’écrire un billet d’humeur que d’analyser les faits. Les idées générales ont toujours un peu de mal avec la réalité. Mais celle-ci finit toujours par imposer sa loi.

Est-on de droite ou le devient- on ?

La droite est un tempérament, un caractère, une attitude. Ensuite, elle se travaille. Par l’histoire, la philosophie, la sociologie politique. La droite que je n’aime pas : celle qui glorifie le passé, déteste le présent, redoute l’avenir. La droite que j’aime : celle qui pense qu’il fera jour tant que nos rêves l’emporteront sur nos souvenirs.

Vous auriez 20 ans aujourd'hui vous engageriez vous très très à droite comme vous l'avez fait dans votre jeunesse et si oui où ?

On était tous engagés à l’époque. Il y avait la guerre en Algérie, des chars protégeaient le Palais Bourbon, une sorte de guerre civile embrasait la planète, les Soviétiques menaçaient l’Occident, etc. Ma seule vocation a été le journalisme. Et je recommencerais. Je l’ai conçu comme une belle école.

Un journaliste est-ce d'abord un père et une mère ?

Père et mère ? L’équilibre. Le signe plus et le signe moins. Le jeu des contraires. En aimant le point de vue de l’autre. La raideur et la tendresse. Attaquer par surprise, développer par plaisir. Et savoir raconter une histoire qui ait un sens.

Imaginons que vous soyez sans job, accepteriez-vous de diriger Rue89 pour nourrir votre famille ou choisissez-vous de mourir de faim ?

J’accepte Rue89, pour voir la réaction de la rédaction devant un martien qui fait le même métier qu’elle, et celle du public qui n’est pas obligé de croire que toute information traitée différemment est une subversion.

Le site de VA ronronne tranquillement ; la presse de droite est-elle condamnée à vivoter sur Internet ?

On a toujours des progrès à faire. Quant à Internet, c’est d’abord le forum où se développent le plus les réseaux de droite. Et je signale que les sites les plus consultés appartiennent à des titres de droite.

Caroline de la Marnière a osé un papier en faveur de la parité et de la mixité dans le dernier VA, comptez- vous la sanctionner ?

Nous ne publions dans nos colonnes que ce qui nous fait plaisir de publier. Pour la richesse de la polémique et du débat.

Quel est le défaut que vous n'avez pas ?

La déloyauté.

Quel est l'homme de gauche que vous admirez le plus et qui aurait cette particularité d'être encore vivant ?

En tête, Hubert Védrine, pour sa manière d’appréhender la réalité des rapports de force dans le monde. En deux, Louis Gallois, pour la rectitude qui a toujours été la sienne, sa modestie, son sens du pays. En trois, Laurent Fabius, pour avoir surmonté la cruauté des épreuves de la bataille politique.

Le déclin est- il inéluctable ? Est-ce un bon créneau ?

L’idée de déclin est aussi ancienne que l’humanité. Mais c’est parce que l’on sait que ce déclin existe que l’on a envie de donner un coup de pied au fond de la piscine.

Le bruit court que vous écoutez France Inter dans votre cave, parfois. C'est une blague ?

J’aime autant France Inter que j’aime Le Monde. Les deux me fournissent en arguments.

L'union des droites est-elle contre-nature ? Du FN â l'UMP ?

L’union des droites n’existe qu’aux élections, quand l’électeur saute d’un tour à l’autre et fait ou non la paix avec ses propres sentiments, préférant ou pas le bien du pays au règlement de comptes entre les siens, faisant ainsi le jeu de l’adversaire le plus éloigné. En dehors des élections, la règle, c’est la compétition.

Comme un bloggueur, vous écrivez sous pseudo, d’Orcival n’est pas votre vrai nom !

Pour la liberté d’exercer ce métier sans faire peser quoi que ce soit sur une famille.

Un regret ?

Ne pas avoir su dégager suffisamment de temps pour écrire plus de livres, d’histoire et de politique, que je ne l’ai fait. Je tâche de me rattraper.