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Zuckerberg & Dorsey : vers la politique hors-sol

En deux semaines, deux patrons de réseaux sociaux parmi les plus illustres d’Internet envisagent de faire de la politique chacun à sa façon. Jack Dorsey briguerait la mairie de New York et un communiqué de l’AFP nous apprend que « Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg est en train de participer à la mise en place d'un groupe de pression politique, qui s'occuperait de sujets de société comme l'immigration ou l'éducation, rapportaient mardi des médias américains ».

Sans présager de ce que feront l’un et l’autre de leurs ambitions, je suis de plus en plus certain que la politique s’exercera demain sans le point de passage obligé de l’élection. Je dois cette intuition à un ancien président d’IBM France, Jacques Gros, croisé après un colloque de la Cité de la Réussite il y a 6 mois, à la Sorbonne. Il me disait qu’un jour on pourrait faire de la politique aussi efficacement, voire mieux, sans être élu. C’est déjà le cas avec les syndicats, les lobbyistes, mais il est probable que cette tendance va s’accentuer avec les réseaux sociaux et que se posera la question de la légitimité et l’autorité du pouvoir de façon encore plus accrue qu’aujourd’hui.

Bayrou et Royal poursuivent leur carrière sans mandat de premier plan. Mais demain, qui pourra empêcher l’influence en ligne d’être un atout pour exister politiquement en dehors de toute élection ? Qui peut douter qu'un Bill Gates n'est pas reçu aujourd'hui en chef d'Etat ou presque que Steve Jobs n'était pas considéré de son vivant comme un maître à penser et un génie du soft power ? Un Dorsey et un Zuckerberg sont assis sur un magot de contacts et d’informations inestimables. Ces données personnelles pourront demain leur servir à anticiper des attentes, adresser des messages à une communauté politique virtuelle. Leur influence se fait déjà sentir. Imaginez que demain, un Sarkozy se mêle de revenir en politique, il ne tardera pas à se servir de son compte Twitter de président comme il s’est servi il y a deux jours de son Facebook de « justiciable »…

Qui peut dire si la légitimité conférée par ces millions de contacts, d’abonnés, de membres, de followers ou d’amis ne sera pas demain supérieure à celle conférée par l’élection ? Je ne m’en réjouis pas mais je préfère m’y préparer. L’élection ne sera plus seule à conférer la légitimité.

Farfelu ?

Au tournant des années 70, à l’époque où l’Etat Nation était une référence indépassable, un concept est apparu en matière de relations internationales : la firme transnationale, la multinationale. Dès cette époque, on confère aux sociétés géantes un pouvoir et une légitimité politique de fait en raison de leur richesse et de leurs implantations. Ces multinationales qui niera aujourd’hui qu’elles viennent concurrencer l’influence des vieux Etats. Elues ? Choisies démocratiquement ? Pas vraiment…

Rien ne garantit que demain, des hommes et des femmes non élus mais numériquement ultra populaires, ultra influents, ne viendront pas remettre en question, tels des prophètes techno, les vieilles légitimités, religieuses, électorales et économiques forts qu’ils sont aujourd’hui de la possession non pas du vote, des voies, mais des données. Après tout, les Anonymous sont un peu les anarchistes, les libertaires hors sol de ce monde politique nouveau.

Il faut donc s'intéresser à ce phénomène qui fera sans doute que demain la politique pour se passer de l'élection, c'est le paradoxe d'un monde démocratique où la politique se fait déjà un peu hors sol.

Alors, en attendant que Dorsey soit élu à New York et que Zuckerberg ne réclame une ambassade à Paris je vous invite à revoir la bande annonce de 8th Wonderland pour imaginer la nature de cette légitimité politico-numérique.

PS : Je tiens d'Hervé Mariton le concept de politique-sol qu'il développe pour la première fois dans l'émission que j'animais Parlons Net il y a trois ans pour France Info.