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Le 11 décembre dernier le site divorce.fr organisait à Lille une grande journée de coaching pour couples candidats à la séparation (conseils, calinothérapie, accompagnement). Le site répondait même à cette question : Qui garde le chien ?

Avant que n’intervienne le divorce online, on peut s’amuser à faire l’inventaire des séquences de la vie que nous pouvons aujourd’hui déléguer à des coachs en ligne. Faire connaissance sur serencontrer.com, améliorer son potentiel de séduction sur coachseduction.fr, préparer ses noces sur moncoachmariage.fr, réapprendre le cunnilingus sur sexualité-coaching.com, procréer sur coaching-grossesse.aujourdhui.com ou sa variante écolo lecoachgrossessebio.com. Le temps passant, on lavera son linge sale sur coach-famille.fr. Viendront les premiers soucis conjugaux à soumettre à couples.consultations-online.com ou sos-rupture.fr avant de nous résoudre à cliquer sur separationcoach.com et fatalement échouer sur divorce.fr.

Tous ces sites existent bel et bien. Ils racontent à la fois la vitalité commerciale d’Internet et l’étendue de notre détresse relationnelle et sentimentale. Ils disent également combien la société du coaching commercial, a remplacé plus ou moins avantageusement les référents et les hiérarchies d’autrefois. Qu’il s’agisse d’apprendre ou d’éduquer, de maigrir, de se soigner, de grandir, de mûrir ou de se confier, internet apporte un substitut automatisé dans un monde désintermédié. L’instituteur, le prêtre, l’ami de la famille, le médecin de campagne, le syndicaliste, l’employeur ou encore le chaperon, voilà autant de figures ringardisées par la notion tentaculaire et protectrice de coaching.

Là où le conseil du prêtre était mission, là où l’écoute du syndicaliste était politique, là où le chaperon intervenait dans l’intérêt du clan ou de la morale, le coach et sa hot line, eux, s’inscrivent dans une logique commerciale. De l’autre côté de l’écran, l’internaute solitaire s’imagine peut-être que le succès et la performance relationnelle sont à portée de souris. Bien entendu, le client se fabrique des illusions. Illusion d’apprendre à séduire vite-fait, d’aimer sans risque, d’écouter sans se tromper, de divorcer sans se ruiner, de vivre sans souffrir. Le net organise la promesse d’une réussite émotionnelle et relationnelle avec les mêmes outils marketing que la réservation en ligne de billets d’avion.

La prolifération des sites de coaching en ligne n’est pas seulement la preuve de l’existence d’un marché. C’est aussi le symptôme d’une société où les critères de performance individuelle se sont invités dans la sphère intime. L’assistance publique, familiale et sociale y recule alors que la prise en charge commerciale y prospère jusqu’à l’absurde. Réussir une rencontre, ne pas louper un coït, optimiser une dispute, accoucher bio, ne pas rater son divorce, voilà le sous-texte d’un Internet aussi payant que bienveillant qui substitue l’illusion de la perfection à la réalité complexe des sentiments, à la possibilité de l’échec et à la douleur de la solitude.

De manière doucereuse, la société des coaches online susurre aux hommes et aux femmes en souffrance qu’il se trouvera toujours une formule, un forfait, un stage, un package qui leur conviendra. Si philanthropes soient les intentions, si attractifs soient les tarifs, si personnalisées soient les formules et leur durée modulables (évidemment), ces approches psycho-mercantiles entretiennent l’illusion d’une solution à tout y compris à la difficulté de vivre selon le principe de précaution et du zéro défaut qui contraint désormais le Politique. Cette illusion d’un bonheur téléchargeable et exigible dans les délais est bien plus fauteuse de troubles et d’angoisse que le risque d’aimer, dut-il être sanctionné par un divorce.

Chronique parue dans l'Express cette semaine