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De Loana à Nabila : une histoire du capitalisme

Je me souviens du Loft et de ma découverte de Loana. A l’époque j’avais la rétine moins douée pour l’observation. Il m’avait fallu toute la saison du Loft pour faire le tour de cette créature, le public était comme moi, il découvrait. Sa plastique, sa blondeur, sa placidité, sa façon de s’exprimer, l’étendue du vide, l’épisode sexuel de la piscine.

J’étais nul en grosses poitrines de télé-réalité à l’époque. J’observais les seins de Loana et je me demandais s’ils étaient vrais ou faux ou beaux tandis que les personnages du Loft passaient leur temps à se serrer et à se promettre de rester « vrais », de rester « eux-mêmes ». Nous n’étions pas certains à l’époque de leur idiotie, de leur potentiel individuel, nous défrichions le genre. Il m’avait donc fallu du temps pour apprivoiser Loana.

Une dizaine d’années plus tard, voilà Nabila. Il ne m’a fallu que dix secondes pour scanner la trajectoire probable de Nabila, quelques secondes contre un temps bien plus long pour Loana. De gros seins faux, un don quasi-professionnel pour apprivoiser le voyeurisme, une marchandisation quasi immédiate de ses propres paroles (dépôt de Allo quoi !? à l’INPI) et l’intériorisation innée et rusée du système dont elle est à la fois la marchandise et l’auto-entrepreneuse.

Loana était un séisme, Nabila en est la réplique attendue et prévisible. Que s’est-il passé entre ces deux phénomènes ? Le délai s’est raccourci entre l’identification du gisement et son exploitation. Entre Loana individu perdu dans le Loft et la commercialisation de Loana en tant que marque, il y avait eu quelques mois : des vêtements, une chanson, la dégringolade. Entre l’existence de Nabila et la marque déposée de ses propos, il s’est passé quelques jours.

D'une certaine façon Nabila est un produit dérivé de Loana, plus vite fabriquée, plus vite commercialisée, plus vite exploitée et dotée d'une fausse poitrine encore plus grosse. Ces deux jeunes femmes incarnent deux époques différentes d'un capitalisme qui n'arrête pas d'accélérer.