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Benchmarking ou concours de b... ?

Observer les bonnes pratiques avant d’agir. On vous a forcément fait la leçon. En formation, en réunion ou doctement devant l’écran d’un consultant venu porter la bonne parole dans votre entreprise. En politique aussi. Importons la compétitivité allemande, imitons le mariage gay espagnol. Ne cherchez plus, c’est du Benchmarking.

Benchmarker c’est avant tout repérer chez l'autre des pistes d'amélioration, c'est partir en éclaireur pour identifier les traces qu’il a laissées, ne pas tomber dans les mêmes pièges, imiter ce qui a fait sa réussite, bref se servir de son expérience, de ses échecs et de ses succès pour avancer.

Quand un coach fait visionner à son équipe le dernier match de l’équipe adverse, il fait du benchmarking, quand une chaîne contre-programme de la culture face à un journal de 20 heures, elle fait du benchmarking, quand Hyundai devient en France une des marques les plus dynamiques après avoir bien observé Lexus, son grand-oncle japonais, le coréen fait du benchmarking.

Ce mot inventé dans les années 50 puis revisité dans les années 80 par les cabinets de consultinge introduit l’observation, l’analyse et la comparaison des données et des bonnes pratiques d’un secteur d’activité à l’autre ou d’un pays à l’autre.

Vous démarrez un projet ? On vous conseille de vérifier si un concurrent n’a pas piloté le même l’an dernier. On vous évalue ? Vos résultats sont rapportés à ceux des équipes d’un secteur voisin. Comparer c’est bien mais jusqu’où ? C’est la question posée par les auteurs de Benchmarking, l’Etat sous pression, qui regrettent que le secteur public s’inspire un peu trop du benchmarking au risque de comparer les critères d’excellence de Mc Donald’s à ceux de l’Assistance publique... Autrement dit, le benchmarking c’est bien à condition de ne pas comparer les serviettes publiques aux torchons capitalistes.

C’est pourquoi de l’Etat à l’école en passant par les universités, le benchmarking est aujourd’hui critiqué. On conteste la logique de notation financière des agences, on se défie des palmarès des meilleures grandes écoles dans la presse et on remet en cause la notation des élèves : à bas le triple A, à bas le 10/10 ! Et dans la mode c’est pareil. Finissons-en avec les critères de beauté des agences de mannequin famélique pour accepter toutes les tailles dans leur diversité. En matière de performance sexuelle c’est pareil. A bas les concours de b…, ils sont l’inutile benchmarking d’une société de compétition orgasmique.

Derrière cette remise en cause de l’étalonnage concurrentiel (traduction française du benchmarking), un mouvement, alternatif, le Statactivisme s'attaque à la politique du chiffre. Les statactivistes tirent à vue sur le contrôle de gestion. Pour eux les grilles d’évaluation sont avant tout des prisons qui enferment la créativité, l’intérêt général et l’épanouissement. On ne saurait, disent-ils, juger du mérite d’un collaborateur et d’une entreprise avec des chiffres. Les stats, voilà l’ennemi ! "Je ne suis pas un numéro criait le prisonnier !", "Vous n'êtes pas solubles dans les stats" complètent les Statactivistes et les critiques de l’évaluation permanente.

Ces critiques ont du bon quand elles s’attaquent aux benchmarking chronophage et incontournable, condition de tout projet, de toute action. le benchmarking est alors un boulet. Ras-le-bol des études, des prérequis de toutes ces analyses qui sont autant de prétextes à instruire à charge contre les idées plutôt qu’à les mettre en œuvre.

Alors oui au benchmarking mais avec la finesse et la malice de ce diable de Talleyrand !

“Quand je m’examine, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure.”

Comparer son travail à celui des autres, c’est quand même un sacré outil de motivation tant que la démarche n’est pas infantilisante comme un carnet de note ou paranoïaque comme le classement des meilleurs hôpitaux de France. Sans benchmarking, on dissuade les meilleurs sans faire progresser les plus faibles, autrement dit on pratique pire que la comparaison, le nivellement par le bas qui fait partout des ravages en décourageant l’excellence sans éradiquer la médiocrité.

Car au fond le benchmarking bien utilisé c’est d’abord un outil cartésien et un principe humaniste. L’outil c'est le chiffre, il est universel de Pékin à Rio en passant par Paris offrant un langage simple pour quantifier et hiérarchiser. Le principe c’est la notion d’altérité. On n’est jamais seul sur un marché, jamais seul dans un métier et on peut toujours progresser.

Même seul sur son île, Robinson faisait du benchmarking en comparant sa vie solitaire à celle qu'il avait connu dans la civilisation. C’est parce qu’il vit en société avec des responsabilités que l'homme au besoin des autres, collègues, amis, managers et concurrents, qu'il cherche des éléments de comparaison pour progresser et s'améliorer.

C'est parce qu'il est un animal social que l'homme est un benchmarkeur professionnel.

Paru dans GQ il y a 3 mois