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Depuis quelques semaines déjà, les robots me tournaient autour. J’avais reçu Henri Verdier pour en parler avant l’été. Henri Verdier m’avait dit qu’idéalement, le robot de nos vieux jours serait aussi celui de notre enfance. Il grandirait avec nous, nourri chaque jour de nos besoins et de notre mémoire. A l’heure de la sénilité, la machine nous rendrait au centuple ce que nous lui aurions appris. Le MEDEF aussi, consacrait jeudi pour ses universités d’été une table ronde sur le thème « Trop ou pas assez de robots ». Et voilà que vendredi, Robot and Frank visait juste dans le cœur des spectateurs et faisait vendredi l’ouverture du Festival de Deauville.

Frank, (Langella, vous le connaissez mais bon sang mais oui) est un cambrioleur à la retraite qui perd la mémoire. Évidemment, il ne veut pas entrer en maison de retraite, comme tous les vieux qui nous emmerdent la vie à vouloir conserver la leur. Reste à son fils - un garçon sympa, dévoué mais qui perd patience - à lui offrir un robot qui va faire le travail d’un assistant personnel : réveil matin, ménage, exercices de mémoire, diététique et activités physiques. Finis les chèques emploi service, Robot fait tout ou presque. Voilà le picth de Robot and Frank, le film géronto-geek qui a ému les festivaliers (leur annonçant leurs vieux jours ou leur donnant, qui sait, mauvaise conscience). Dès le titre, on redoute le nanar et finalement non. Robot and Frank est une fable sensible et tendre sur la dépendance, le rôle des robots dans la société de demain, les rapports entre générations. Une fable réalisée par Jake Schreier, 30 ans à peine, et dont  c'est le premier film.

Réflexion sur la technique, les services à la personne, la vieillesse mais aussi cogitation sur la mémoire : celle qu’on perd, celle qu’on garde, celle qu'on stocke (ou pas). Comment trier ? Car Frank, l’ancien voleur, est un habitué de la bibliothèque municipale. Il n’y retrouve plus les livres qu’il a aimés, et pour cause, le fonds est en voie de numérisation. Il n’y aura donc plus de livres dans les rayons, selon la conservatrice (Susan Sarandon), mais la bibliothèque restera un espace de partage, une sorte de Cantine vide de papier dédiée à des événements arty, branchés et djeuns. Exit donc les bouquins, les reliures et leurs vieilles couvertures. Et Frank dépité d’exploser le point Godwin en lançant ce débat : « Avec votre numérisation, vous me rappelez les autodafés nazis ». Rien que pour cette formule excessive et inattendue, il faut se programmer pour aller voir Frank et Robot et vérifier si Frank a vraiment perdu la boule ou si c'est nous qui peut-être, enfin bon...