Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Aujourd'hui 23 mai 1915, je pense à toi Madeleine

Ca a commencé sur Facebook comme une reconstitution historique, un avis de mobilisation et cette question. Que serait-il advenu en 1914-1918 si les poilus avaient eu Facebook ? Le réseau social aurait-il été censuré ? Les soldats auraient-ils fraternisé ? Facebook serait-il devenu un réseau de marché noir où les malheureux affamés auraient échangé chocolat, cigarettes et miches de pain ? Le Musée de Meaux nous a durant deux mois proposé d’y réfléchir via Facebook et la vie et la guerre quotidienne de Léon Vivien.

On a partagé la pluie (pas difficile), les peurs de Vivien, ses angoisses, ses poux, sa faim, son amour, sa correspondance en prenant de ses nouvelles sur Facebook. Léon avait un beau visage, une belle moustache, un beau regard franc et une belle Madeleine qui l’attendait à l’arrière. A travers leurs yeux et leurs messages ressuscités par la magie du web, on a donc « liké » leur guerre.

Par procuration.

9 millions d'internautes ont grâce à Facebook entendu parler de Léon. Nous sommes 55 000 civils à avoir soutenu Léon, et pas cocardiers puisque issus de 20 pays différents, 65 % d'entre nous avions moins de 35 ans. Léon a reçu durant sa mobilisation près de 6000 lettres de l'arrière (aujourd'hui on dirait des "commentaires"). Le communiqué qui me donne de ses nouvelles me dit que c'est surtout l'annonce de la naissance de son bébé qui a le plus touché ceux qui aimaient Léon et pensaient à lui, là où ils étaient.

C’est étrange mais passé un certain nombre d’années, les photos en noir et blanc se ressemblent et les personnages qui posent solennellement dessus feraient presque partie de la famille. Sur ces photos centenaires, tous les Français sont cousins. Il y a sans doute plus d'un poilu par famille française. Il faut s'en souvenir.

C'est curieux mais savoir qu'il a vécu, avoir suivi sa guerre pendant des jours, s'habituer à ses traits sur cette photo de profil, tout ça le rendait vivant. C'est aussi l'intérêt et le caractère hautement pédagogique de cette expérience.

Hier, 22 mai 1915, Léon Vivien est mort. Il était en train d’écrire à Madeleine quand il a pris une balle perdu ou bien a-t-il été victime d'un éclat d'obus, on ne sait pas trop.

On a retrouvé sa lettre à Madeleine.

« L'artillerie vient de se taire. On sait ce que ça signifie : les Allemands vont charger. Baïonnette au canon ! Le couteau de boucher à la ceinture. Et la pelle à portée de main, bien affutée, au cas où il faudrait se battre au corps-à-corps dans la tranchée, là où le fusil est trop long, pas maniable. Je ne suis plus un homme du vingtième siècle, je suis un soldat de Crécy, un soudard du Moyen Âge, un fantassin sans armure. J'ai peur, Madeleine. Je t'aime. Ils arriv… »

Retrouvez toute l’aventure de la grande guerre et cette expérience unique ici.