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A propos de Sacha Guitry, de Vuitton et des femmes du monde

A midi dans la Nouvelle Edition j’ai cité Sacha Guitry. Tout le monde s'en fout mais comme 3 personnes s'en indignent sur Twitter, je fais mon SAV car moi je ne m'en fous plus. Que dit Guitry que je reprends avec gourmandise et malice ? « J’ai arrêté d’aller chercher chez des professionnels ce que j’ai trouvé gratuitement chez des femmes du monde ». Guitry dit en substance qu'une femme libre et qui a vu le monde est meilleure amante qu'une prostituée. Il se trompe peut-être mais au moins prend il le partie du libre choix et de la non marchandisation du corps.

Et il parle de femmes du monde, pas de soubrettes dominées « qu’on trousse » quand on est le maître, il parle je répète de femmes du monde, nuance essentielle à son époque, il me semble.

Guitry c’est l’exact contraire hypocrite du clip inspiré par le défilé Vuitton qui veut le beurre, l’argent du beurre pour mieux faire buzzer la crémière. Qu’arrive-t-il aussitôt sur le plateau ? On (c.a.d. ma Babeth adorée dont j’admets et adore toutes les exaspérations et bien malin qui nous fâchera) me reproche de citer Guitry car c’est une infamie. Une infamie car on entend dans cette citation exactement l’inverse de ce qu’elle dit.

Les femmes du monde sont des putes. Ah bon ?

Réveillez-moi. Je suis devenu fou.

Guitry, pourtant misogyne de réputation et collabo (où l'on voit que les deux font l'horriiiiible paire), a bien du mérite car au-delà de l’humour et sans s’indigner et bien avant mai 68, lui, donne de vraies raisons de s’en aller fréquenter les femmes du monde. Que nous dit-il en substance ? Que la femme libre est le meilleur coup du monde. Qu’entend le chœur de celles qui ne veulent plus entendre ?

Le contraire. Il prend les femmes pour des prostituées.

Non Guitry nous dit que les femmes libres procurent un bien plus grand plaisir que les prostituées. Inversons, la proposition comme les féministes le font souvent.

Imaginons une femme dire : "J'ai cessé d'aller chercher chez des gigolos, ce que j'ai trouvé gratuitement chez les hommes du monde". Rien d'humiliant et pour personne.

Le procès est donc de considérer ici que l’énoncé du désir masculin est coupable. De quoi, auprès de qui ? On ne sait pas. On s'indigne ici au nom du principe de précaution et du risque zéro, immédiatement, sans savoir, sans comprendre. La bête sommeille et ne demande qu’à se réveiller.

Ce dont on est sûr en revanche, c’est qu’être un homme, en l’occurrence Guitry, affirmer qu’une femme du monde est un meilleur partenaire de luxure qu’une prostituée est une affirmation insultante ou presque.

Pire ! Citer Guitry est également criminel. C’est ce que j’appelle le procès totalitaire moderne. Déni permanent de la réalité jusqu’à la névrose.

Il faut donc interdire la prostitution, on n’en est pas loin. Il faut donc interdire l’énoncé du désir, nous y sommes presque. Il faut interdire l’érotisation de la figure de la femme libre. Evidemment. Il faut s’interdire de citer Guitry sur un plateau où l’on cite plus volontiers Nabila (je n’ai rien contre, j’adore Nabila) et châtier celui qui cite Guitry, au plus vite.

Nous y sommes.