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Cette histoire est triste comme un relevé bancaire. Alors c’est vrai, oui, j’avoue, j’ai eu avec ma banquière une relation tarifée. Mais c’était avant 2008. Ca m’a rendu fou. Elle ressemblait un peu à Romy Schneider, elle s’appelait Hélène, avec elle je me sentais à la fois actif et passif, débit et crédit, débile et crédule.

Je me souviens, elle avait les yeux revolving, le regard qui tue. Et elle savait tout de moi, elle connaissait mes réserves, mes envies impulsives.

Les courbes ascendantes de ma banquière, ses robes en portefeuille, les avances qu’elle me faisait en fin de mois ca m’a rendu dingue et j’en ai perdu ma chemise. Quand elle me convoquait, on se faisait une ligne, une ligne de crédit, elle me montrait la courbe de ses rendements et mes yeux brillaient et je lui disais « Montre-moi tes taux », et bing, elle me refilait une SICAV Dynamique, la garce… L’argent n’a pas d’odeur mais ma banquière avait un parfum.

Bref, j’en étais dingue au point que ma compagne s’est douté d’un truc.

« Tu t’es encore fait refiler un truc contaminé, cette fille en veut à ton argent, elle te sucera, tu verras, elle te sucera tes dernières économies ! Elle te jouera les agios d’Albinoni et ca finira en crise !

Elle avait raison, on a vécu une crise, en 2008. Ma banquière l’a pas vu venir, mais j’ai arrêté de consommer, je suis tombé en dépression, ca l’a rendue folle. Ses bonnets Triple A ne provoquaient plus chez moi l’effet de levier escompté. Va te faire voir chez les grecs j’ai crié à ma banquière.

Alors ma banquière s’est effondrée, sur les marchés, un matin, en s’achetant des bonbons du Trésor. Elle m’a fait du chantage : « Aime moi ou je me subprime ». J’ai rien cédé, je n’avais pas d’obligations, je voulais plus passer à l’action alors je lui ai dit « C’est les choses de la vie, Hélène » tandis que ma compagne, prévoyante, optait pour une banque à distance. On s’est séparés avec, Hélène, ma banquière.

Depuis dans son bureau de la Banque Générale de Paris, ou bien, le soir, seule dans sa chambre de compensation, ma banquière se drogue aux produits toxiques, elle se pique, au lit, et on l’entend parfois chanter nos amours désargentée…

Oui Hélène, les bons comptes font les bons amants.

Pardon aux cinéphiles que j'ai heurtés en mélangeant Les choses de la vie et La banquière, et bien sûr à Romy-Hélène et Michel Piccoli.

Retrouvez cette chronique dans sa version radio sur Europe1 ici .