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Samedi dernier, nous regardions The Voice en famille sur TF1 quand mon ainée de 12 ans s’est mise à hurler.

- Papa, papa ! Y’a Nikos qui m’a fait un RT !

- Un quoi ?

- Un Retweet ! Il a renvoyé mon message à tous ses abonnés de Twitter ! Tu te rends compte un RT de Nikos ???

- Ah oui et tu lui avais envoyé quoi à Nikos ?

- Ben une photo de la télé !

Sur l’instant, je n’ai pas saisi l’état de surexcitation de ma fille ; et puis je me suis rappelé qu’après un quart de finale de l’Euro, en 2000, j’avais fait signer à Zidane un maillot bleu étoilé ; c’était juste après un match, lors d’une opération sponsorisée par un opérateur téléphonique. J’avais fait encadrer le maillot ensuite, je l’ai depuis conservé comme une relique.

Quel est alors le rapport entre un maillot signé par Zidane et un RT de Nikos Aliagas, animateur de l’émission star de TF1 ? Pour le comprendre, il faut interroger la notion d’autographe à l’heure des nouvelles technologies. Petit détour préalable par le VIe arrondissement de Paris. Il y a dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés plusieurs boutiques spécialisées dans les manuscrits de personnalités. On y trouve en cherchant bien des billets signés de Baudelaire, des lettres de Léon Blum ou des partitions annotées de Berlioz.

Je n’ai rien contre les collectionneurs d’autographes mais Internet a considérablement renouvelé ce genre de fétichisme. En inventant les fans numériques Facebook a d’abord rapproché les stars de leurs groupies réduisant la barrière symbolique entre la célébrité et l’anonymat au point qu’aujourd’hui sur internet la star fait mine d’être comme tout le monde tandis que tout le monde se prend pour une star.

Le web en général et Twitter en particulier a inventé ce que j’appellerais le piédestal de proximité. Il suffit qu’un Snoop Dog vous réponde d’un LOL spécialement rédigé pour vous ou qu’une Lady Gaga confie la primeur de ses états d’âmes à ses abonnés et c’est le délire, ce sentiment unique que tout cela n’existe que pour vous. Le tweet de la star c’est un peu la chemise lancée dans le public à la fin du concert, c’est la baguette que Charlie Watts, le batteur des Stones, projetait dans la foule à la fin de chaque concert. Sauf que sur Twitter chacun attrape la baguette.

L’hiver dernier un développeur toulousain a parfaitement compris cette évolution de l’autographe à l’heure des réseaux et du smartphone. Il a créé une application très simple qui permet…1/ de se prendre en photo avec la star si on a la chance de la croiser 2/ à la star photographiée de signer sa photo avec le doigt sur l’écran tactile de votre téléphone (ce qui évite de chercher le papier et le crayon) 3/ de partager la dite photo signée avec toute sa tribu !

Le fan a ses raisons que la raison ignore à l’heure du papier paraphé d’autrefois comme à l’heure du numérique d’aujourd’hui. Je n’échangerais mon maillot dédicacé de l’équipe de France 2000 pour rien au monde et ma fille n’oubliera jamais le RT de Nikos Aliagas. La différence entre nos deux générations est infime mais elle existe.

Nous sommes deux admirateurs mais notre rapport au réel et à la notoriété est différent. Je tiens à la preuve matérielle de ma rencontre avec Zidane comme à la prunelle de mes yeux. Ma fille, elle n’oubliera jamais ce contact virtuel avec Nikos un samedi soir. Mais là où je sais parfaitement qui de Zidane ou de moi est la vedette, ma fille, elle, n’a aucun scrupule à se servir du message de Nikos pour faire valoir sa popularité auprès des copines qui la suivent sur Twitter. Sur Internet, Nikkos devient le faire valoir de ma fille…

Cette chronique est parue dans l'Express daté du 18 avril 2012