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Pourquoi elle m'a plu cette photo dans Le Monde

J’ai twitté il y a une heure cette photo de Jean-Claude Coutausse dont vous découvrirez peut-être le travail en vous rendant ici.

Le Monde publie sa vision de l’arrivée des otages français détenus en Syrie jusqu’à samedi dernier. Cette photo parle autant que toutes les images et commentaires de l’info en continu. Elle saisit aussi un instant, un bref instant de la représentation politique de cet événement faisant de la photographie un véritable travail éditorial où le photojournaliste et l’iconographe prennent en quelque sorte une revanche sur les mots et le commentaire pour nous mettre en position d’interpréter ce que nous voyons.

Je me garderai bien de décrypter les intentions du photographe. Mais je sais pourquoi son cliché me plait.

J’aime cette photo parce que toutes les mains des protagonistes disent une histoire, comme les mains des musiciens dans un orchestre jouent une partition. La main gauche étonamment affectueuse du Président sur la joue de Didier François d’une part, sa main droite de l’autre, plus précise, plus directive, une main de chef. Les mains d’Edouard Elias elles, se font réconfortantes sur les épaules de son camarade d’infortune qui, lui, semble s’abandonner - mains pendantes - un instant à la fatigue et peut-être à l’émotion.

Les mains paternelles et protectrices de Nicolas Hénin sont posées sur les épaules de ses enfants et racontent une autre histoire de tendresse, de même que celles de Pierre Torres jointes presque religieusement alors que celle de Laurent Fabius applaudissent, en représentation.

Ces mains me rappellent les tableaux des grands maîtres. Elles ont une fonction narrative dans l’image, sorte de points lumineux dans l'espace, le photographe ne les a pas saisies au hasard, toutes à leur place, toutes posées ou effectuant un geste bien précis. En tout cas ces mains dessinent mon impression, aussi vrai que le micro structure le paysage en deux et que la diagonale sur la piste conduit directement au Super Puma « gardé » par le soldat immobile.

Voilà ce que j’aime dans le travail du photographe, qu’il s’inscrive dans une tradition picturale qui remonte à loin pour dessiner les images qui racontent en photos - comme les toiles d’hier - les événements d’aujourd’hui.