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Dej' avec Laurent G. ou l'esthétique paparazzi à Pompidou Metz

Mercredi j'avais rendez-vous à 13 h avec Laurent G. dans un salon de thé de la rue de l'Université, juste derrière le musée du quai Branly. Je suis arrivé en avance, vers 12h58, me suis installé devant la fenêtre et j'ai attendu. Vers 13h03 j'ai vu arriver Laurent G. Je n'ai pas à vous révéler pour quelles raisons lui et moi avions rendez-vous, je crois que ça ne regarde personne.

Toutefois.

J'aurais pu laisser Laurent G. arriver comme n'importe lequel de mes bons amis dans ce salon de thé où j'ai mes habitudes, mais non. J'ai voulu qu'il parcoure les derniers mètres qui le séparaient de moi comme un des personnages photographiés et exposés au centre Pompidou de Metz dans le cadre de l'exposition Paparazzi.

J'ai voulu que l'arrivée de Laurent G. dans ce salon de thé me conte une histoire imaginaire comparable à celles qui s'affichent dans les jorunaux, qu'elle soit chargée de scandale, qu'elle sente le souffre. Pourtant, à ma connaissance, Laurent G. n'a rien à se reprocher et il n'a rien de scandaleux. C'est un garçon sympa, talentueux, psychologiquement stable. Je ne lui connais aucune histoire susceptible d'intéresser Closer ou Public ou un tabloïd anglais. Ce jour-là néanmoins, il s'est rendu à notre rendez-vous à l'aide d'une moto-taxi.

Mais il se trouve que chacun d'entre nous, chaque lecteur de ce blog, chaque acheteur de la presse (à scandale ou pas), il se trouve que nous disposons tous d'une culture visuelle et photographique. Depuis des années notre regard est exercé à reconnaitre les codes de la photo paparazzi et la charge symbolique qu'ils lui confèrent.

Dej' avec Laurent G. ou l'esthétique paparazzi à Pompidou Metz

Il y a des images qui en raison de leur flou, de leur cadre, de leur zoom, de leur imprécision, de leur banalité même, ces images sentent le souffre. Et c'est justement parce qu'avec le temps, la répétition de ces codes visuels et les scandales qu'elles ont provoqués ces images dérangent qu'elles font partie de notre façon de voir, qu'elles nous sont familières et qu'elles en disent plus que ce que la presse veut qu'elles disent dans l'instant.

La paparazzade est un produit marchand, une atteinte à la vie privée de ceux qui ont fait de l'image d'eux-mêmes un gagne-pain, mais l'imagerie paparazzi est aussi devenue une figure de la rhétorique visuelle et photographique. Voilà pourquoi l'art peut légitimement se saisir du sujet paparazzi même si le paparazzi s'est saisi illégitimement du sujet "star".

Voilà pourquoi, il faut aller voire l'exposition de Metz, voilà pourquoi l'exposition de Metz n'est pas une boucherie chromatique pour stars martyrisées. L'exposition de Metz c'est justement l'anticorps rêvé pour comprendre la société de l'intime, du désir et des images volées ou négociées qui vont avec.

Dej' avec Laurent G. ou l'esthétique paparazzi à Pompidou Metz

Un détail important sur cette exposition : elle est construite en trois temps correspondant à trois couleurs. Première couleur, le noir (noir comme le matos photo), ces premières salles traitent du métier de paparazzi. Deuxième couleur, le rouge, cette deuxième séquence traite de leur sujet, les stars (rouge comme le glamour, comme le sang, comme le sacrifice). Et enfin, les salles blanches donne la plus grande part aux artistes qui ont travaillé sur l'imagerie et la symbolique paparazzi (blanc comme neige les artistes...). Noir, rouge, blanc, vous retrouvez aussi les codes couleurs de Cannes : tapis rouge, smoking noir et chemise blanche...

J'ai rarement vu une exposition si bien découpée et il me semble absurde de s'indigner d'une telle exposition alors qu'il serait logique au contraire de s'en réjouir et d'y emmener d'urgence un public de collégiens et lycéens pour qu'il y décrypte les frontières toujours plus fragiles qui séparent la vie publique de la vie privée pour ne pas se transformer eux-mêmes en paparazzi du quotidien, en snaparazzi !

Pour cette même raison, je vous livre donc en exclusivité les clichés inédits de Laurent G., l'homme avec qui j'ai déjeuné mercredi et qui n'a strictement mais alors strictement rien à se reprocher ni à cacher, en tout cas à ma connaissance.

Et c'est paradoxalement parce que le style de ces photos de Laurent G. (à qui j'ai demandé l'autorisation de les publier) fait exactement penser le contraire ; que l'exposition de Metz est non seulement passionnante, exaltante, intelligente mais qu'elle est un hommage à l'intelligence dont nous sommes tous capables quand nous regardons une image ou quand nous jouons avec ses codes.

Pour ces mêmes raisons, je vous invite à regarder La Grande Expo ce soir vers 18h55 sur Paris Première, la série documentaire qui s'interrogera sur les relations entre art et paparazzi.