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Iconographie du sous-doué

Je suis gêné par cette une du Point. Très gêné. Non pas que je sois un immense admirateur du premier ministre, non. Je suis gêné parce que Le Point se tire une balle dans le pied. Car le Point si je ne me trompe pas, est un journal de droite, qui défend quelques valeurs professionnelles et éducatives, comme celles de l’effort, du mérite, du travail. Parmi ces valeurs professionnelles, il y a sans doute l’idée que lire est important, que la culture de l’écrit n’est pas rien et qu’un homme ou une femme qui ouvre un livre ou un document, c’est une image, comment dire, c’est une image qui illustre à la fois l’effort, la connaissance et cette forme d’intelligence qui veut que le don et la facilité ne font pas tout.

Et pourtant, voilà que pour illustrer la figure du cancre, du fameux sous-doué, de l’incapable, Le Point se sert de l’image d’un homme qui travaille, qui lit, qui prend connaissance et qui annote. Ce n’est pas qu’on traite le Premier Ministre de sous-doué qui est ici navrant (même si c’est effectivement navrant pour un magazine dont la vocation n’est ni la caricature, ni le trait d’humour), c’est qu’on utilise la figure classique représentative de l’étude pour incarner la médiocrité intellectuelle.

Dans un pays dont la classe journalistique de gauche comme de droite se penche régulièrement au chevet des profs pour leur demander chaque matin comment ça va mal, je suis un peu désorienté par cette iconographie du sous-doué qui inverse tout notre système de représentations, un système de valeurs qui a du plomb dans l’aile mais qui se sert de l'homme au travail pour illustrer l’idée d’insuffisance intellectuelle. Imaginez, je ne sais pas moi, qu'on se mette en France à utiliser la sculture du Penseur de Rodin pour illustrer la connerie ! Eh bien là, c'est un peu pareil.

Il suffisait pourtant de coiffer Jean-Marc Ayrault d’un bonnet d’âne, et le Gouvernement se retrouvait avec un mauvais point, voire au piquet et je n'aurais pas écrit ce billet.

Le comble, c'est que le même journal se demandera prochainement pourquoi les écoliers français sont si mauvais. Il pourra alors s’interroger sur sa part de responsabilité dans la diffusion de clichés péjoratifs inversés, ceux-là même qui, comme cette une, achèvent de disqualifier les travailleurs, les besogneux, bref tous ceux qui tentent de s’en sortir par l'effort, les livres et la réflexion.

Premier ministre socialiste ou petit écolier.