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Philippe

Mon Cher Philippe, tu vas me manquer, comme tu vas manquer à tous ceux qui t’aiment. Je te promets qu’on va parler de toi autour d’un verre, qu’on se tiendra les coudes entre vivants. On fera des blagues, on s’aimera plus que d’habitude - modeste mais nécessaire consolation - bref, on essaiera de comprendre l’incompréhensible. Peut-être même qu'on n'osera pas parler de toi et qu'on se verra sans se dire pourquoi.

Mais au fond de nous on saura.

Veiller les disparus revient toujours à ça, à trouver un ou une amie et à rester là, à se dire qu’il fait plus ou moins gris, plus ou moins beau, plutôt triste mais pas seulement. A se demander en sourdine pourquoi, pour l’un de nous, le temps s’est arrêté. Voir les amis quand un ami s'en va c'est aussi une façon de se rattraper, de se trouver une excuse pour n'avoir pas été assez là.

De se souvenir, aussi.

Pour ma part je me souviendrai de tes pavés, ces gros livres qui secouaient toujours leurs sujets et qui faisaient mon admiration. A chaque fois que tu sortais un livre, ça faisait rugir, parler, ça faisait débat. Je me souviendrai aussi de Parlons Net monté à France Info avec toi qui trouvais toujours des invités, des idées, pendant que nous tous découvrions cet Internet qui te passionnait. Je me souviendrai de Marianne2.fr que tu as créé, soutenu, re-fondé, rénové.

Je me souviendrai aussi de la façon dont tu amenais une blague ou une anecdote savoureuse sur un témoin de premier plan. Elle venait de loin la blague ou l’anecdote, tu avais le regard qui frise, on ricanait d’abord intérieurement puis ton rire à peine audible survenait et c’était bon de le partager avec toi comme un coup pendable.

Juste après, tu retrouvais cet air d'étudiant décoiffé au saut du lit préoccupé par un sujet sérieux.

Je pense ce matin à ta famille, ta femme, tes enfants, à tes amis, à la profession qui perd l’un des siens. Je pense encore à la République que tu aimais profondément, car tu étais républicain, un vrai républicain d'autrefois, pas un démocrate d'après-demain.

Je pense enfin aux malades, compagnons de route qui attendent, qui espèrent, qui partent comme toi ou qui s’en sortent mais qui sont toujours à la peine quand l'un d'eux s'en va.

Je t’embrasse et je retiens de toi ce sourire qui n’était jamais loin, comme une douce indulgence, comme une timidité toujours surmontée.