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J'irai demain causer ici. J'ai pris des notes pour me préparer à ce que je crois pouvoir dire, je vous les livre. Il n’y a pas si longtemps, il se trouvait toujours quelques éditorialistes, un ou deux intellectuels et quelques politiques pour dénoncer la tyrannie de la transparence à laquelle « Internet » - je veux parler de cet animal comparable aux marché financiers, à la météo ou au destin - soumet désormais quiconque est pris dans la tourmente. Il m’a semblé que dans l’affaire DSK, paradoxalement, les internautes ont plutôt respecté la vie privée de l’intéressé.

1/ Quand l’affaire a éclaté, c’est certes un message twitté qui a mis le feu aux poudres mais il révélait, préfigurait une information bouleversante : l’arrestation de DSK.

2/ Quand l’affaire s’est immédiatement répandue, ce sont les médias du monde entier qui ont pris le pas sur Twitter ou Facebook, en premier lieu les chaînes d’information en continu qui ont relayé les images infamantes de l’homme menottes aux poignets.

3/ Quand les premières audiences ont eu lieu, ce sont des journalistes qui ont utilisé les réseaux sociaux, dans l’enceinte même de la salle d’audience, révélant le fonctionnement de la justice américaine en temps réel mais sans qu’on puisse leur reprocher un quelconque voyeurisme.

4/ Quand le choc de l’arrestation est passé, le net s’est amusé - mais pas davantage que Nicolas Canteloup -, avec des vidéos, des jeux vidéo et de mots, des blagues… Dans ce domaine, chacun son humour, même le plus graveleux.

5/ Dans le commentaire généralisé et mondialisé, le net a donné une chance à DSK et à ses supporters leur laissant la possibilité de défendre, encore et toujours, l’homme à terre et de le défendre sur les réseaux sociaux, notamment.

6/ Dans les débats qui ont suivi sur la présomption d’innocence, je crois penser que c’est sur Internet qu’on s’est rapidement intéressé à la parole de Nafissatou Diallo et à travers elle à la parole de toutes les femmes violentées, dominées, violées, brusquées.

7/ Dans la déferlante d’informations qui a accompagné l’affaire, c’est encore sur Internet qu’on s’est autorisé à regarder ailleurs, je veux dire qu’on a changé les projecteurs de direction quand l’actualité focalisait son attention sur ce fait divers hallucinant. Le net aime regarder ailleurs que dans la direction indiquée (crise, politique, Indignés, etc.).

8/ Dans l’affaire du Carlton de Lille qui amplifie la première affaire DSK, ce n’est pas Internet qui a fait les révélations sur la vie privée de DSK, sur son emploi du temps, sur son appétit sexuel ou encore sur les éventuelles contreparties attendues de ceux qui l’accompagnaient dans ces rendez-vous très privés.

9/ L’affaire n’est pas terminée, mais on notera que les SMS qui font le miel de la presse magazine, de ses lecteurs et de ceux qui lisent aussi sur internet n’ont pas été publiés par des internautes ou des bloggueurs mais sont directement liés à un fonctionnement classique de la presse lorsqu’elle alimente, complète et accomplit son travail avec des fuites judiciaires ou les éléments d’un dossier.

10/ Enfin, et alors que mon camarade Guy Birenbaum regrettait ce matin d’avoir publié la photo de Willy et expliquait ici pourquoi…, on notera que la carrière libertine de DSK qui semble déjà longue, n’a jamais fait l’objet d’une photo témoin publiée sur un réseau social. Je veux dire en cela que DSK n’a pas été à ma connaissance trahi par « le net » dans ses occupations privées. Personne n’a twitté, publié ou mis en ligne une photo qu’il aurait pu prendre par hasard en croisant l’ex DG du FMI dans un lieu, une posture ou une tenue ambigus. C’est presque incroyable alors que chacun s’accorde à dire qu’avec le net « y’a plus de vie privée ».

Ces 10 observations, me font dire que nous autres, usagers accros et défenseurs du net, aurons quelques arguments le jour où quelques éditorialistes, un ou deux intellectuels et quelques politiques viendront nous dire qu’Internet (la bête, le monstre, etc.) s’est vautré dans un voyeurisme éhonté ou un lynchage incontrôlé de Dominique Strauss-Kahn.

En marge de ce commentaire, je reste convaincu que la seule utilité des détails qui sont livrés aujourd’hui par la presse sur l’agenda rose de l’ex-futur candidat socialiste à la présidentielle, ne sera démontrée que si les largesses dont il a bénéficié ont servi (ou pas) à orienter la commande publique vers un groupe ou une entreprise plutôt qu’une autre. De ce point de vue, l’affaire suit sont cours. Toujours.